SAINT-PONS, LE 19 MARS 1944
Article rédigé pour l'hebdomadaire La Tribune le 21 mars 2010.
Réunie autour des enfants et des familles des martyrs de Saint-Pons, la population du Nyonsais a manifesté pour ce soixante-sixième anniversaire sa fidélité dans le souvenir des victimes de la répression nazie. Ce drame de la résistance drômoise a marqué durablement les esprits. Avec les années qui passent, le souvenir des évènements s’estompent. Il nous a paru utile de rappeler que derrière les dépôts de gerbes et l’appel aux morts, des femmes et des hommes ont tout engagé, leurs vies, leurs biens et leurs familles. C’est la relation des évènements qui ont conduit à cette tragédie que nous vous présentons avec l’entrée dans la résistance d’un jeune officier de spahis, le lieutenant Pierre Challan-Belval, dont le surnom dans la clandestinité est Pierre.
L’origine du maquis de la Bessonne à Saint-Pons
Démobilisé le 17 novembre 1942 de l’armée d’armistice, le lieutenant Pierre Challan-Belval rejoint le sud de la Drôme à la demande du capitaine Descour qui, à Lyon, sous la couverture d’un emploi officiel du gouvernement de Vichy, débute une action clandestine qu’il mène jusqu’à la Libération où il assurera le commandement F.F.I. de la région Rhône-Alpes au grade de colonel. En mars 1943, le capitaine Descour lui demande de prendre la direction « militaire » des maquis du nyonsais dont les effectifs ne cessent de croitre depuis l’instauration du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Possédant une propriété familiale à Taulignan, le capitaine Descour est en relation avec le maquis local. Il dirige le jeune lieutenant vers le docteur Jean Bourdongle qui exerce à Nyons. Originaire de la Roche-Saint-Secret, point d’accès à la ferme Buffet-Gleize où se sont déjà regroupés des jeunes de la Roche et de Nyons, ses fréquents déplacements dans tout l’arrière pays, l’amène a reconnaitre parmi les fermiers habitants des hameaux reculés, ceux qui sont susceptibles d’apporter leur aide à la résistance.
Dans l’objectif de disperser un maquis devenu trop voyant, le lieutenant Pierre est dirigé par le docteur Jean Bourdongle vers Edmond Saurel de Saint-Ferréol-Trente-Pas. Le maquis qui prendra le nom de « Maquis du Barnier » est créé en avril 1943. Le lieutenant Pierre prélève une partie des effectifs du maquis de la Lance pour les affecter à Saint-Ferréol. Parallèlement, il est décidé de créer un deuxième camp au col de la Bessonne, situé sur la commune de Condorcet, à une heure de marche du hameau de Saint-Pons, lui-même situé à 5,5 kilomètres du village. Les premiers maquisards sont au nombre de cinq sous le commandement d’un Saint-Cyrien, Alain Pichon. Sont présentes quelques personnalités qui marqueront l’histoire des maquis Pierre : Léo Rostang et Pierre Lodz.
Un troisième maquis fût créé au Poet-Laval, près de Dieulefit, à la bergerie du Jas Blanc.
A cette époque les maquis n’étaient armés que de quelques fusils de chasse et révolvers à barillet du siècle précédent. Le premier parachutage sur le nyonsais a eu lieu en septembre 1943 autour du lit de l’Eygues près du domaine du Coriançon tenu par la famille Girard. La précarité des fermes de la Bessonne et du Barnier obligent les maquisards à chercher des bâtiments mieux adaptés à l’hiver qui approche en direction de Bouvières pour les premiers, et de l’Estellon – ferme de la Charbonnière - pour les seconds.
Mais ces nouveaux emplacements se révélant finalement inadaptés, le lieutenant Pierre regroupe ses trois maquis à nouveau à Saint-Pons. En effet, l’enneigement empêche un déplacement en direction du Vercors, et ce sont les baraquements de l’ancien camp 113 des Chantiers de jeunesse qui accueillent les maquisards pour l’hiver. Heureuse décision, nous allons le voir.
Répétition tragique des évènements
Le 27 novembre 1943, un résistant, dénommé Cazeaux, retourné par les services de sécurité allemands, conduit ces derniers à la ferme de la Charbonnière à l’Estellon, qui est à présent vide de ses occupants. Par dépit, les Allemands se saisissent du maire du village, M. Naud et du fermier Ducol qui ravitaillait le maquis (les deux hommes décèderont dans les camps de concentration en Allemagne). C’est au retour que les services de sécurité allemands s’arrêtentà Nyons afin de procéder à l’arrestation de Félix Maurent, membre du Comité de Front National de la Résistance nyonsaise, comité présidé par le docteur Jean Bourdongle. Profitant d’une opportunité, Félix Maurent parvient à s’échapper, mais son épouse sera arrêtée le lendemain et rejoindra elle aussi les camps de concentration allemands dont elle reviendra en 1945. Cette journée est marquée par d’autres évènements et décès de patriotes, mais se trouvent hors du cadre du présent article. Avec l’occupation par les troupes allemandes du sud-est de la France, en remplacement des troupes italiennes qui sont désarmées à l’automne 1943, les arrestations vont se multiplier
Le 21 janvier 1944, vagues d’arrestations à Nyons et transfert des prisonniers (résistants et familles juives) à Lyon, à la prison Montluc. Le docteur Jean Bourdongle reste interné une semaine avant d’être relâché.
Le 9 février 1944, arrestation à Taulignan de Berthe et de Louis Gras de Taulignan, dont le rôle de relais vers le maquis de La Lance avait été révélé aux services de sécurité allemands. Des personnes arrêtées le 21 janvier, quelqu’un aurait-il parlé sous la contrainte physique ou morale ?
Jusqu’à présent, la similitude entre les évènements de l’Estellon et ceux qui vont se produire à Saint-Pons n’a jamais été rapprochée.
La tragédie de Saint-Pons
Le 15 février 1944, deux jeunes Lyonnais, arrivent à Nyons et sont dirigés vers le hameau de Saint-Pons, en passant par les points de relais : à Nyons chez le docteur Bourdongle, à Condorcet à l’hôtel-restaurant Montlahuc, à Saint-Pons chez la famille Silan, puis c’est la montée en direction des baraquements de la Bessonne. L’un deux, Joseph Barthélémy, âgé de 17 ans et demi, reçoit comme nom de maquis « Marie-Louise ». Originaire de Bron, dans la banlieue lyonnaise, Marie-Louise est un jeune gaulliste retourné et appointé par les services de sécurité allemands. Il n’apparait pas agir pour des mobiles politiques, il n’est donc pas un milicien, sa motivation est financière.
Jugeant la présence de ses maquis à Saint-Pons trop longue, le lieutenant Pierre décide, à la fin du mois de février 1944, de redéployer ses maquis. C’est en direction de la trappe d’Aiguebelle à Allan – sept kilomètres de Montélimar - sous le commandement du lieutenant Marcel Delaby pour les anciens du Barnier et du Jas Blanc. Pour les anciens de la Bessone sous le commandement de l’aspirant Alain Pichon, c’est à Châteauneuf-de-Bordette situé à 7 kilomètres de Nyons. Jugeant le lieu peu sûr, ces derniers ne restent pas sur place et nomadisent durant le mois de mars 1944 entre les villages des Pilles, de Vinsobres et de Taulignan.
Peu avant le départ des baraquements de Saint-Pons, le jeune Marie-Louise demande à se rendre chez le docteur Bourdongle pour se faire soigner. Il ne rentrera pas au camp, et disparait après avoir demandé de l’argent au docteur pour payer le voyage jusqu’à son domicile à Bron.
Le 19 mars à 7 heures du matin, conduit par Marie-Louise, une trentaine de soldats allemands et membres des services de sécurité de Viviers procèdent à l’arrestation du docteur Bourdongle à son domicile, place Carnot à Nyons. Il est conduit à la mairie, après que le maire, M. Bonfils est lui aussi été appréhendé et interrogé. M. Bonfils est relâché au bout de dix minutes, puis vient le tour du docteur qui est brutalisé dans la salle de la mairie. Il refuse de parler. Il est ensuite jeté dans une voiture, qui le transporte à Saint-Pons. Pendant ce temps, une colonne de 200 hommes environ s’engage dans la même direction précédent une automitrailleuse et trois petits canons de 37 mm. A Aubres, la colonne se scinde en deux groupes, l’un se dirige sur Saint-Pons par le col d’Aubres, l’autre se dirige sur Condorcet par la route. Dans le village, le commerce de Bertin Montlahuc est encerclé, lui est arrêté, ainsi que Gustave Long qui se trouvait sur place. Apparemment des éléments de la compagnie de Brandebourgeois composés de « barbouzes » français étaient présents sur les lieux pour interdire toute communication téléphonique. Ce sont des spécialistes dans l’infiltration des maquis. Ils sont encore de nos jours assimilés, à tort, à la Milice de Vichy. Il n’en est rien, d’ailleurs ils méprisent le gouvernement de Vichy et sa politique. Ils se saisissent de Bertin Montlahuc, et le brutalisent. Ils menacent son épouse de déportation. Se dirigeant ensuite sur Saint-Pons, les Allemands abattent d’un coup de fusil le jeune Raspail, qui est parti en courant pour prévenir ses oncles au hameau. En chemin, ils se saisissent de Stalinas Gras. Le détachement de Condorcet, et le détachement du Col d’Aubres se rejoignent à Saint-Pons. Marie-Louise en uniforme allemand - c’est le moyen classique utilisé par les Allemands pour compromettre définitivement leurs auxiliaires français - désigne les civils ravitaillant ou aidant la résistance. Puis la troupe prend la direction des baraquements des chantiers de jeunesse que les maquis Pierre ont abandonnés depuis trois semaines. Ils mettent le feu et dynamitent les baraquements. Puis ils incendient la ferme d’Elie Estève et maltraitent sa fille Odette. Vers 16h30, ils montent en camions jusqu’à l’école de Saint-Pons et font sortir en le maintenant, car il ne peut tenir debout, le docteur Bourdongle. Bertin Montlahuc qui a lui aussi subi un interrogatoire brutal a le visage tuméfié. Seul Stalinas Gras ne parait pas avoir été violenté. Contre le mur droit de l’école, les deux Allemands qui maintenaient le médecin, l’ont laissé choir. A présent à terre, Jean Bourdongle, aux côtés de ses deux camarades d’infortune, est abattu d’une rafale de mitraillette. Ils fusillent ensuite Henri et Marcel Silan et Gustave Long devant la ferme Gras. Avant de quitter Saint-Pons, ils dynamitent les fermes des fusillés après avoir laissé un temps pour les familles de récupérer des affaires personnelles. A Condorcet le commerce de la famille Montlahuc est à son tour dynamité après avoir été pillé.
La colonne allemande repart en direction de Nyons en début de soirée. Les corps ne seront relevés que le lendemain matin. Les cercueils des défunts seront présentés à la population sur la place de Condorcet avant l’inhumation au cimetière du village ou à celui du hameau de Saint-Pons. Le docteur Jean Bourdongle est inhumé à la Roche-Saint-Secret. Un détachement allemand resté à Condorcet retournera au hameau pour emporter le bétail, une opération de police est à nouveau menée au domicile du défunt docteur, le matériel médical est saisi. Aux enterrements, une foule immense est présente. Aujourd’hui encore la mémoire des martyrs de Saint-Pons et du docteur Bourdongle est honorée par de nombreux habitants de la région, et cette année encore ce sont environ 120 à 130 personnes qui assistaient à la messe dans la petite église du hameau et aux dépôts de gerbes à l’école, puis au carrefour de la Bonté à Condorcet. Les martyrs de Saint-Pons sont honorés dans plusieurs poèmes de Pierre Emmanuel, alors réfugié à Dieulefit, ainsi que dans un article inspiré par Elsa Triolet dans un numéro du journal de la résistance publié à Saint-Donat-sur-L’herbasse, « La Drôme en armes ».
Deuxième épreuve pour le maquis Pierre à Allan
Nous quittons les hommes des maquis Pierre au soir du 19 mars 1944. Après avoir échappé aux pièges des services de sécurité allemands à l’Estellon, puis nous venons de le voir, à Saint-Pons, les hommes du lieutenant Delaby, anciens du maquis du Barnier et du Jas Blanc, ont pris leurs nouveaux quartiers derrière les ruines de l’ancien château d’Allan, aux fermes de Nazareth et d’Aubagne. Le 30 mars 1944, un piège leur est tendu par les « barbouzes » français de la compagnie de Brandebourgeois de Viviers. Le lieutenant Pierre conduit une opération de récupération de carburant en direction de Châteauneuf-du-Rhône. Nous retrouverons la relation de cette action dans une prochaine fiche ...... à suivre.
Légende photographies.
- Plaque des martyrs de Saint-Pons apposée à l’église du village (cliché Thierry Chazalon).
- Devant l’église de Saint-Pons, Pierre Combes, vice-président du Conseil général de la Drôme, Jacques Bourdongle, fils de Jean Bourdongle et Patrick Coulet, maire de Condorcet (cliché Thierry Chazalon).
Réunie autour des enfants et des familles des martyrs de Saint-Pons, la population du Nyonsais a manifesté pour ce soixante-sixième anniversaire sa fidélité dans le souvenir des victimes de la répression nazie. Ce drame de la résistance drômoise a marqué durablement les esprits. Avec les années qui passent, le souvenir des évènements s’estompent. Il nous a paru utile de rappeler que derrière les dépôts de gerbes et l’appel aux morts, des femmes et des hommes ont tout engagé, leurs vies, leurs biens et leurs familles. C’est la relation des évènements qui ont conduit à cette tragédie que nous vous présentons avec l’entrée dans la résistance d’un jeune officier de spahis, le lieutenant Pierre Challan-Belval, dont le surnom dans la clandestinité est Pierre.
L’origine du maquis de la Bessonne à Saint-Pons
Démobilisé le 17 novembre 1942 de l’armée d’armistice, le lieutenant Pierre Challan-Belval rejoint le sud de la Drôme à la demande du capitaine Descour qui, à Lyon, sous la couverture d’un emploi officiel du gouvernement de Vichy, débute une action clandestine qu’il mène jusqu’à la Libération où il assurera le commandement F.F.I. de la région Rhône-Alpes au grade de colonel. En mars 1943, le capitaine Descour lui demande de prendre la direction « militaire » des maquis du nyonsais dont les effectifs ne cessent de croitre depuis l’instauration du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Possédant une propriété familiale à Taulignan, le capitaine Descour est en relation avec le maquis local. Il dirige le jeune lieutenant vers le docteur Jean Bourdongle qui exerce à Nyons. Originaire de la Roche-Saint-Secret, point d’accès à la ferme Buffet-Gleize où se sont déjà regroupés des jeunes de la Roche et de Nyons, ses fréquents déplacements dans tout l’arrière pays, l’amène a reconnaitre parmi les fermiers habitants des hameaux reculés, ceux qui sont susceptibles d’apporter leur aide à la résistance.
Dans l’objectif de disperser un maquis devenu trop voyant, le lieutenant Pierre est dirigé par le docteur Jean Bourdongle vers Edmond Saurel de Saint-Ferréol-Trente-Pas. Le maquis qui prendra le nom de « Maquis du Barnier » est créé en avril 1943. Le lieutenant Pierre prélève une partie des effectifs du maquis de la Lance pour les affecter à Saint-Ferréol. Parallèlement, il est décidé de créer un deuxième camp au col de la Bessonne, situé sur la commune de Condorcet, à une heure de marche du hameau de Saint-Pons, lui-même situé à 5,5 kilomètres du village. Les premiers maquisards sont au nombre de cinq sous le commandement d’un Saint-Cyrien, Alain Pichon. Sont présentes quelques personnalités qui marqueront l’histoire des maquis Pierre : Léo Rostang et Pierre Lodz.
Un troisième maquis fût créé au Poet-Laval, près de Dieulefit, à la bergerie du Jas Blanc.
A cette époque les maquis n’étaient armés que de quelques fusils de chasse et révolvers à barillet du siècle précédent. Le premier parachutage sur le nyonsais a eu lieu en septembre 1943 autour du lit de l’Eygues près du domaine du Coriançon tenu par la famille Girard. La précarité des fermes de la Bessonne et du Barnier obligent les maquisards à chercher des bâtiments mieux adaptés à l’hiver qui approche en direction de Bouvières pour les premiers, et de l’Estellon – ferme de la Charbonnière - pour les seconds.
Mais ces nouveaux emplacements se révélant finalement inadaptés, le lieutenant Pierre regroupe ses trois maquis à nouveau à Saint-Pons. En effet, l’enneigement empêche un déplacement en direction du Vercors, et ce sont les baraquements de l’ancien camp 113 des Chantiers de jeunesse qui accueillent les maquisards pour l’hiver. Heureuse décision, nous allons le voir.
Répétition tragique des évènements
Le 27 novembre 1943, un résistant, dénommé Cazeaux, retourné par les services de sécurité allemands, conduit ces derniers à la ferme de la Charbonnière à l’Estellon, qui est à présent vide de ses occupants. Par dépit, les Allemands se saisissent du maire du village, M. Naud et du fermier Ducol qui ravitaillait le maquis (les deux hommes décèderont dans les camps de concentration en Allemagne). C’est au retour que les services de sécurité allemands s’arrêtentà Nyons afin de procéder à l’arrestation de Félix Maurent, membre du Comité de Front National de la Résistance nyonsaise, comité présidé par le docteur Jean Bourdongle. Profitant d’une opportunité, Félix Maurent parvient à s’échapper, mais son épouse sera arrêtée le lendemain et rejoindra elle aussi les camps de concentration allemands dont elle reviendra en 1945. Cette journée est marquée par d’autres évènements et décès de patriotes, mais se trouvent hors du cadre du présent article. Avec l’occupation par les troupes allemandes du sud-est de la France, en remplacement des troupes italiennes qui sont désarmées à l’automne 1943, les arrestations vont se multiplier
Le 21 janvier 1944, vagues d’arrestations à Nyons et transfert des prisonniers (résistants et familles juives) à Lyon, à la prison Montluc. Le docteur Jean Bourdongle reste interné une semaine avant d’être relâché.
Le 9 février 1944, arrestation à Taulignan de Berthe et de Louis Gras de Taulignan, dont le rôle de relais vers le maquis de La Lance avait été révélé aux services de sécurité allemands. Des personnes arrêtées le 21 janvier, quelqu’un aurait-il parlé sous la contrainte physique ou morale ?
Jusqu’à présent, la similitude entre les évènements de l’Estellon et ceux qui vont se produire à Saint-Pons n’a jamais été rapprochée.
La tragédie de Saint-Pons
Le 15 février 1944, deux jeunes Lyonnais, arrivent à Nyons et sont dirigés vers le hameau de Saint-Pons, en passant par les points de relais : à Nyons chez le docteur Bourdongle, à Condorcet à l’hôtel-restaurant Montlahuc, à Saint-Pons chez la famille Silan, puis c’est la montée en direction des baraquements de la Bessonne. L’un deux, Joseph Barthélémy, âgé de 17 ans et demi, reçoit comme nom de maquis « Marie-Louise ». Originaire de Bron, dans la banlieue lyonnaise, Marie-Louise est un jeune gaulliste retourné et appointé par les services de sécurité allemands. Il n’apparait pas agir pour des mobiles politiques, il n’est donc pas un milicien, sa motivation est financière.
Jugeant la présence de ses maquis à Saint-Pons trop longue, le lieutenant Pierre décide, à la fin du mois de février 1944, de redéployer ses maquis. C’est en direction de la trappe d’Aiguebelle à Allan – sept kilomètres de Montélimar - sous le commandement du lieutenant Marcel Delaby pour les anciens du Barnier et du Jas Blanc. Pour les anciens de la Bessone sous le commandement de l’aspirant Alain Pichon, c’est à Châteauneuf-de-Bordette situé à 7 kilomètres de Nyons. Jugeant le lieu peu sûr, ces derniers ne restent pas sur place et nomadisent durant le mois de mars 1944 entre les villages des Pilles, de Vinsobres et de Taulignan.
Peu avant le départ des baraquements de Saint-Pons, le jeune Marie-Louise demande à se rendre chez le docteur Bourdongle pour se faire soigner. Il ne rentrera pas au camp, et disparait après avoir demandé de l’argent au docteur pour payer le voyage jusqu’à son domicile à Bron.
Le 19 mars à 7 heures du matin, conduit par Marie-Louise, une trentaine de soldats allemands et membres des services de sécurité de Viviers procèdent à l’arrestation du docteur Bourdongle à son domicile, place Carnot à Nyons. Il est conduit à la mairie, après que le maire, M. Bonfils est lui aussi été appréhendé et interrogé. M. Bonfils est relâché au bout de dix minutes, puis vient le tour du docteur qui est brutalisé dans la salle de la mairie. Il refuse de parler. Il est ensuite jeté dans une voiture, qui le transporte à Saint-Pons. Pendant ce temps, une colonne de 200 hommes environ s’engage dans la même direction précédent une automitrailleuse et trois petits canons de 37 mm. A Aubres, la colonne se scinde en deux groupes, l’un se dirige sur Saint-Pons par le col d’Aubres, l’autre se dirige sur Condorcet par la route. Dans le village, le commerce de Bertin Montlahuc est encerclé, lui est arrêté, ainsi que Gustave Long qui se trouvait sur place. Apparemment des éléments de la compagnie de Brandebourgeois composés de « barbouzes » français étaient présents sur les lieux pour interdire toute communication téléphonique. Ce sont des spécialistes dans l’infiltration des maquis. Ils sont encore de nos jours assimilés, à tort, à la Milice de Vichy. Il n’en est rien, d’ailleurs ils méprisent le gouvernement de Vichy et sa politique. Ils se saisissent de Bertin Montlahuc, et le brutalisent. Ils menacent son épouse de déportation. Se dirigeant ensuite sur Saint-Pons, les Allemands abattent d’un coup de fusil le jeune Raspail, qui est parti en courant pour prévenir ses oncles au hameau. En chemin, ils se saisissent de Stalinas Gras. Le détachement de Condorcet, et le détachement du Col d’Aubres se rejoignent à Saint-Pons. Marie-Louise en uniforme allemand - c’est le moyen classique utilisé par les Allemands pour compromettre définitivement leurs auxiliaires français - désigne les civils ravitaillant ou aidant la résistance. Puis la troupe prend la direction des baraquements des chantiers de jeunesse que les maquis Pierre ont abandonnés depuis trois semaines. Ils mettent le feu et dynamitent les baraquements. Puis ils incendient la ferme d’Elie Estève et maltraitent sa fille Odette. Vers 16h30, ils montent en camions jusqu’à l’école de Saint-Pons et font sortir en le maintenant, car il ne peut tenir debout, le docteur Bourdongle. Bertin Montlahuc qui a lui aussi subi un interrogatoire brutal a le visage tuméfié. Seul Stalinas Gras ne parait pas avoir été violenté. Contre le mur droit de l’école, les deux Allemands qui maintenaient le médecin, l’ont laissé choir. A présent à terre, Jean Bourdongle, aux côtés de ses deux camarades d’infortune, est abattu d’une rafale de mitraillette. Ils fusillent ensuite Henri et Marcel Silan et Gustave Long devant la ferme Gras. Avant de quitter Saint-Pons, ils dynamitent les fermes des fusillés après avoir laissé un temps pour les familles de récupérer des affaires personnelles. A Condorcet le commerce de la famille Montlahuc est à son tour dynamité après avoir été pillé.
La colonne allemande repart en direction de Nyons en début de soirée. Les corps ne seront relevés que le lendemain matin. Les cercueils des défunts seront présentés à la population sur la place de Condorcet avant l’inhumation au cimetière du village ou à celui du hameau de Saint-Pons. Le docteur Jean Bourdongle est inhumé à la Roche-Saint-Secret. Un détachement allemand resté à Condorcet retournera au hameau pour emporter le bétail, une opération de police est à nouveau menée au domicile du défunt docteur, le matériel médical est saisi. Aux enterrements, une foule immense est présente. Aujourd’hui encore la mémoire des martyrs de Saint-Pons et du docteur Bourdongle est honorée par de nombreux habitants de la région, et cette année encore ce sont environ 120 à 130 personnes qui assistaient à la messe dans la petite église du hameau et aux dépôts de gerbes à l’école, puis au carrefour de la Bonté à Condorcet. Les martyrs de Saint-Pons sont honorés dans plusieurs poèmes de Pierre Emmanuel, alors réfugié à Dieulefit, ainsi que dans un article inspiré par Elsa Triolet dans un numéro du journal de la résistance publié à Saint-Donat-sur-L’herbasse, « La Drôme en armes ».
Deuxième épreuve pour le maquis Pierre à Allan
Nous quittons les hommes des maquis Pierre au soir du 19 mars 1944. Après avoir échappé aux pièges des services de sécurité allemands à l’Estellon, puis nous venons de le voir, à Saint-Pons, les hommes du lieutenant Delaby, anciens du maquis du Barnier et du Jas Blanc, ont pris leurs nouveaux quartiers derrière les ruines de l’ancien château d’Allan, aux fermes de Nazareth et d’Aubagne. Le 30 mars 1944, un piège leur est tendu par les « barbouzes » français de la compagnie de Brandebourgeois de Viviers. Le lieutenant Pierre conduit une opération de récupération de carburant en direction de Châteauneuf-du-Rhône. Nous retrouverons la relation de cette action dans une prochaine fiche ...... à suivre.
Légende photographies.
- Plaque des martyrs de Saint-Pons apposée à l’église du village (cliché Thierry Chazalon).
- Devant l’église de Saint-Pons, Pierre Combes, vice-président du Conseil général de la Drôme, Jacques Bourdongle, fils de Jean Bourdongle et Patrick Coulet, maire de Condorcet (cliché Thierry Chazalon).

